Vos Brêves : La véritable histoire des chèvres de M. D.
Date: 22 avril 2005 à 00:58:24
Sujet: chevre


Enfants qui me lisez, ne croyez pas ce qu'Alphonse Daudet vous raconte. La véritable histoire des chèvres de Monsieur D. ne s'est pas du tout passée comme ça.
Ecoutez plutôt.

C'est vrai qu'ils habitaient tous dans le midi de la France, entre Pastis et football. Dans un coin de garrigue au pied d'une montagne, tellement paumé qu'ils n'avaient même pas la télé. N'empêche ! Elles étaient bien avec lui ses petites chèvres. Bergerie toute neuve, herbe - et de la bonne, de la vrai toutouffe - à profusion, le grand luxe quoi !

C'est vrai aussi que Monsieur D. les adorait ses chèvres. Dieu sait qu'il en avait eu ! Pourtant, à chaque été, celles qu'il avait bichonné durant toute l'année se croyaient arrivées et se faisait bouffées par l’enjeu. Ce qui obligeait le pauvre vieux à aller au marché en acheter d’autres. Et c'est que ça coûte ces sales bêtes !

Ce que Daudet ne dit pas, c'est qu'elles en tenaient une couche les chèvres de Monsieur D. Et les plus nulles d'entre elles, c'étaient "Dubalet" qui s’enmêlait toujours les pinceaux, "Fer à rien" la brésilienne de Boulogne qui faisait rire tout le troupeau, "Couillinla" tête baissée toujours, pire qu’un bouc, "Bête-a-gogo" la têtue bien trop égoiste pour donner un bout de son herbe, "Olabête" qui courrait à contre sens, "Fionne" l’amnésique qui ne savait même plus qu’est-ce qu’elle foutait sur le pré, « N’didi » qui se pose toujours des questions sur son existence, « Coco » et « Pepe » qui jouent à saute-moutons, « Hemdada » qui ne retrouve plus son lustre de l’an passé et qui fait la forte tête et tous ces p’tits jeunes qui pissent de travers sur le pré !!

Et puis les autres qui n’avaient même pas le droit au pré de luxe et qui devaient paître dans les horties, je ne vous les citerai pas toutes mais vous les connaissez bien, « Quisenva », « Chychou », « Eckeke» et encore d’autres que Monsieur D. essayait de brader à chaque marché mais dont personne ne voulait….

Et puis il l’avait mauvaise aussi, avec « Laziza » qui avait fugué un froid matin de janvier… et quelle cata aussi que ce dernier achat venu de l’est nippon « nakaka » bête à faire rire une vache espagnole !!

Il les avaient pourtant bien prévenues : "Si vous vous montez le bourrichon, le syndrome du pré vert il vous croquera peuchère". Les autres connes, l'accent du vieux, ça les avaient fait marrer.

Pourtant, il en avait pris des précautions le père D. Pré tout neuf, description du syndrome, achat d'un gentil régisseur le bouc Ouf Kasstoi, renvoi du bouc Her le précédent président-régisseur, mise en place du pâtre Le Niais juste un temps, puis d’un autre le pâtre-sorcier Fil la frousse, la totale quoi !

Ce que Daudet ne dit pas non plus, c'est que les chèvres avaient de menues contraintes. Tiens, prenez en une au hasard ! Mignonne, la barbichette moqueuse, les petites cornes cirées tous les matins, un poil doux, soyeux, et des yeux ah ! ses yeux. Le père D. les aimaient toutes comme ses propres filles.

Mais voilà elles avaient pour ainsi dire, toutes étaient atteinte du syndrome du pré vert et va savoir, elles ne voulaient que rarement brouter la toutouffe qu’on leur proposait, à en pleurer, pauvre Monsieur D. !!!

Une fois par semaine, comme il avait des ambitions, il te prenait 11 de ses meilleures chêvres, les mettaient sur l’herbe et les regardaient faire en compagnie des paysans du coin attiré par les « on-dit » sous les yeux globuleux du gros Kasstoi et grâce aux conseils inefficaces de Fil la Frousse, et bien, elles n'en broutaient pas un brin, désespérant !!!.

Et il en voulait le vieux bougre ! C'était des hanhans à n'en plus finir et des soupirs et des gloussements. Et il les sermonnait en hurlant : "Oh ! mes fifilles, mes salopes, vous allez bouger dis, dites, vous allez la brouter la toutouffe ?"

Là, l'accent du vieux, ça ne les faisaient pas trop se marrer les Fifilles.

Alors de temps en temps, mais c’était si rare et surtout sporadique et si bref, elles y mettaient un peu d’ardeur, et grâce à quelques unes qui se dépensaient sans compter à la tête desquelles on voyait souvent « Faby » la fabuleuse, "Dudu" au grand cœur accompagné de ses deux copines « Labeille » travailleuse et « MetslesKO » le hargneux, elles arrivaient à manger un p’tit bout sans se plaindre mais avec un dégoût évident qui ne leurrait personne sauf Monsieur D…..

Emu aux larmes, le vieux cochon se souvenait alors de l’année dernière avec son grand bouc « DéDé » le magnifique, qu’il avait du se résigner à vendre au marché pour un prix exhorbitant, à ce « DéDé » qui avait bêlait à mort, tout en larmes d’abandonner ses copines alors qu’il avait su si bien les amener à brouter, pas toutes de concert malheureusement, mais au moins l’apparence y était !!

Et alors les poings serrés, l’œil larmoyant, monsieur D se remémorait aussi les années fastes de cette bergerie qu’il avait convoité à en perdre le sommeil et qui appartenait alors à son ennemi juré le vendeur de tapis, qui lui avait su si bien leur faire brouter correctement la toutouffe du pré vert ! Et ça les enfants, va savoir pourquoi, Daudet, il a oublié de le raconter.







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